Éloge du lauréat du prix Ozias-Leduc 2007

Serge Murphy

par René Viau


Journaliste, critique d'art et président du jury
Récupérateur allègre et champion du vide-grenier, Serge Murphy reconvertit les objets trouvés. Avec des débris pauvres, il crée des jardins de délices, hybrides et disjonctés. Rêveur d’espace mais aussi rêveur de temps, il rassemble dans ses installations des témoins de tous les moments, même les plus triviaux, de la vie. Et contrairement aux « patenteux » et aux artistes dits naïfs, cette nécessité compulsive dépasse chez lui la stricte obsession du « faire » pour jouer les passe- murailles à travers le formatage des codes de l’art.

De ne voir dans ces accumulations qu’une extravagante vente de garage, fait d’un absurde bric à brac serait donc réducteur. S’exprimant avec ironie et ludisme, tous ces gestes de ramasser, de rassembler, de grouper autant d’objets trouvées à droite et à gauche se font chez Murphy des actes désaliénants.

Ici matière et objets trouvent une nouvelle liberté de mouvement et d’association. Ses reconversion sont domptées par un art consommé du déséquilibre poétique. Son théâtre de chimère fait se rencontrer l’improbable. Posant ses rebuts, désorientant le spectateur. Murphy retrouve un chemin, le sien, et ce avec un œil plus cultivé qu’il n’en a l’air.

Selon Pierre Landry, conservateur au Musée d'art contemporain, au-delà de leur « très grande lisibilité » , les œuvres de Murphy « procèdent également du mystère se rattachant à leur création. Elles restent au plus près de leur genèse tout en se livrant pleinement au spectateur. À travers elles s'affirment et se fondent tout à la fois ces moments habituellement distincts que sont la réalisation et la perception d'une œuvre ». (Cette citation est tirée du catalogue de l'exposition L'Origine des choses, Musée d'art contemporain de Montréal, 1994, 64 pages, p. 15)

Autre membre du jury, France Gascon a exposé le travail de Serge Murphy alors qu'elle était directrice du Musée d'art de Joliette. Dans le catalogue de son exposition intitulée Serge Murphy : Tohu-bohu, présentée à travers le Canada en 2003-2005, elle écrit : « Classique dans ses règles, indomptable dans ses choix, flirtant astucieusement avec le rien et le banal, l'approche de Serge Murphy a fait école. Les apparitions récurrentes de l'artiste sur la scène des galeries auront tôt fait de nous convaincre de la pertinence de ses interventions, qui, mine de rien et avec un sens tout à fait débridé de l'invention, poussent l'héritage formaliste jusque dans ses derniers retranchements. »

Ingénieux, ingénu et ingénieux, Serge Murphy se fait « désordinateur ». Et surtout il ne se prend pas trop la tête (ni la notre) dans son art joyeux et débridé dont il faut souligner l’actualité.

Mentionnons en terminant que Murphy a été le professeur de nombreux jeunes artistes qui marquent aujourd’hui la scène artistique québécoise dont Pascal Grandmaison et Patrick Coutu.