Quelques réflexions de Serge Garant sur la musique
… Je souhaite que la musique canadienne trouve son Borduas bientôt. Nous avons besoin de quelques révoltés qui n'hésitent pas à tout casser, qui vomissent la stagnation et le culte des idoles qu'on nomme " le respect des traditions ", et qui imposent, plutôt que l'amour pleurnicheur du passé, l'amour de la matière vivante.
Le Québec libre, no.1, 1959.



… Je souhaite que les jeunes à leur tour nous évitent de nous scléroser. La musique a des possibilités innombrables ; elle n'est jamais immobile. Un musicien ne peut rester étranger à son évolution. Où sont les jeunes musiciens de chez-nous qui nous en avertiront ?
Ici Radio-Canada, culture information, Vol. 1, no.2, mai-juin 1966.



Quoi que retienne l'histoire musicale du Québec de notre aventure, on nous accordera du moins que nous avons réussi à créer un climat favorable à l'éclosion d'œuvres nouvelles. Je crois que les jeunes sentent que notre intérêt pour eux n'est pas une feinte. Nous croyons en eux. C'est à cause de cette foi que nous n'avons pas cru nécessaire de faire des compromis devant leurs productions. Nos exigences sont les mêmes envers eux qu'envers leurs aînés : seule doit compter la qualité de l'œuvre.

Que nous nous soyons trompés parfois, cela est certain. Le contraire serait inquiétant puisque nous prétendons aimer le risque. Qu'importent les erreurs de parcours: ce qui compte, c'est la continuité d'une démarche. Continuité dont on voit mal qu'elle eût été possible sans un minimum de lucidité et d'exigences.
Programme de la SMCQ, 9 décembre 1976, (10e anniversaire).



L'audace se situe ailleurs que dans ces pseudo-improvisations génératrices d'atmosphère parfois sympathiques mais que l'on retrouve à satiété dans la musique pop d'aujourd'hui. C'est peut-être justement ici que se situe l'establishment, dans cette musique qui emprunte maintenant au pop supposément avancé les trucs que celui-ci a, de toute façon, empruntés sans vergogne à Stockhausen ou à la musique électronique.
Musique de notre siècle, Radio-Canada, 1976.



L'aventure de la création est essentiellement solitaire… l'œuvre prend corps quand je commence à lutter avec les problèmes techniques qu'elle soulève… problèmes que je dois résoudre avec le plus de science, le plus d'élégance et le plus d'authenticité possibles.

À ce moment naît l'œuvre que même le compositeur ne soupçonne pas.

Il est vrai que je parle toujours de problèmes techniques. Pour moi, l'émotion existe, mais j'ai horreur d'en parler ; c'est fondamental, bien sûr, sinon une œuvre ne respire pas. Seulement le compositeur ne doit pas s'en soucier vraiment.

S'il a quelque chose à dire, s'il réussit à faire une œuvre qui, au niveau formel, est cohérente, qui, au niveau de l'écriture musicale, est intelligente et sans trop de maladresse, et s'il a la technique, ce qu'il porte en lui de plus secret va pouvoir s'exprimer. Mais ce n'est pas en s'attachant à l'émotion de surface, superficielle et apparente qu'on livre le meilleur de soi-même. La partie la plus intéressante d'un être, c'est toujours ce qu'il y a de plus secret, de plus profond.

L'émotion doit naître de cette magie mystérieuse qui se produit quand les problèmes techniques sont si bien résolus qu'on ne peut imaginer qu'il y en ait eu.
Entrevue avec Pierre Rolland, in Anthologie de la musique canadienne, RCI 1978.



Si j'avais un conseil à donner à un jeune compositeur aujourd'hui, je lui dirais : Ne t'occupe pas de la mode, fais la tienne.
Entrevue avec Marie-Thérèse Lefebvre, 17 juillet 1986.



Les extraits ont été choisis par Marie-Thérèse Lefebvre et sont tirés de son livre Serge Garant et la révolution musicale au Québec, Louise Courteau éditrice, Montréal 1986.