Les amateurs d'art contemporain connaissent le rôle important qu'a joué Gilles Corbeil dans l'essor des arts plastiques au Québec, notamment avec sa galerie très réputée à Montréal, rue Crescent. Mais peu savent qu'il était, par sa mère, neveu du poète québécois Émile Nelligan. Gilles Corbeil a consacré sa vie aux arts et aux lettres. Selon son ami d'enfance Pierre Vadeboncoeur, il fut "une des figures les plus désintéressées et les plus vraies de notre société".

"Gilles Corbeil, doué d'un sens esthétique qui fut le principe même de sa vie, était un homme fin, plein de tact et d'intuition, et de délicatesse écrivait Pierre Vadeboncoeur au moment du décès de son ami. Mais il avait aussi de l'humour et même de l'ironie, celle-ci généralement dirigée contre la vulgarité. Une chose frappe, entre autres, dans sa carrière et dans sa vie: une profonde honnêteté, une probité qui lui faisait deviner et détester les fraudes intellectuelles, et la moindre mauvaise ambition dans les arts mais aussi dans la politique. Cet esthète était un patriote et ceci, qu'il tenait pour important, ne doit pas être oublié.

"Il aimait peu se manifester au dehors. Il préférait de beaucoup l'intériorité. Il se tenait par goût dans une espèce d'effacement. D'ailleurs, une mélancolie toujours un peu présente en lui le caractérisait aussi.

"Vers la fin de sa vie, il souhaitait écrire ses souvenirs, car la vie l'avait mis en contact, parfois prolongé, avec un certain nombre de personnalités parmi les plus éminentes de notre siècle, par exemple Ludmilla Pitoëff, ou encore, Igor Stravinsky. Mais il retardait d'année en année l'exécution de ce projet, peut-être à cause de sa modestie. Il ne recherchait du reste aucune sorte de renommée.

"Il fut fidèle à tout ce qu'il avait élu étant jeune. Sa vie, par sa cohérence, par sa rectitude, par sa valeur d'exemple, mérite l'estime et le fervent souvenir des écrivains, des artistes, de tous les Québécois."