Roseline Granet - Buste d'Émile Nelligan
Née à Paris en 1936, Roseline Granet étudie le dessin et la peinture à l'Art Students League à New York en 1954, puis la sculpture à l'atelier d'Ossip Zadkine à Paris de 1956 à 1959. En 1960, avec l'aide du sculpteur Jacques Delahaye, elle met sur pied la fonderie Clementi, à Meudon, à quelques pas d'où Auguste Rodin avait son atelier. Elle y travaille encore aujourd'hui. Cette proximité de lieu avec la figure de Rodin n'est pas gratuite, puisque, tout comme le très grand maître, Roseline Granet a attaché son regard au mouvement de la figure humaine, s'efforçant d'en capter la forme et la vie. Couples s'enlaçant, dansant, courant, acrobates, groupes en marche, musiciens en action, les différents cycles qui composent son œuvre révèlent une attention pénétrante à l'émotion du moindre mouvement. Parmi les très beaux ensembles sculpturaux réalisés par Roseline Granet figurent ses portraits de l'ami Jean-Paul Riopelle, fier et debout, comme avant lui Balzac, ou encore affalé dans un fauteuil à différents degrés de fatigue ou de sommeil.

Le buste d'Émile Nelligan par Roseline Granet témoigne des mêmes qualités d'attention à la vie intime du personnage et de maîtrise dans l'expression de la matière. Le buste semble moulé d'un même geste, de la chevelure du modèle jusqu'à ses épaules, traduisant une identité unie, fondue, réconciliée. Tout indique l'ardeur et la délicatesse de Nelligan, sa mélancolique jeunesse. Les traits du visage sont fins, le regard est noble et rêveur. Le col de la veste, ailé, donne au port de tête une irréelle légèreté, tout autant qu'il situe le sujet dans son temps. Voilà le poète romantique au seuil de son envol, et de sa chute. Avec une grande économie de moyens, Roseline Granet a su, dans cette œuvre, transcender l'ordre de l'anecdotique et donner d'Émile Nelligan une vision inspirée et durable.

Stéphane Aquin