Extrait de Le Réel absolu
QUEL AMOUR ?

Rien

ni fleuve ni musique ni bête

rien ne me consolera jamais de la misère
du sang versé par les hommes
de la tristesse des enfants
de la faiblesse des mères

ni fleur ni mort ni soleil

autour de nous la ville
succombe à l'attrait de la mort
une mort à la pointe d'argent
une mort de papier agenouillé
une mort dans l'âme

quel arbre quelle fleur
quel amour oh! quel amour
nous guérira de ce mal ?

quel enfant ce qu'il sera demain
quel espoir audace des solitudes
nous apprendra la façon de vivre
et que tout en soit changé ?

pour que l'oiseau batte dans les cœurs
la musique dans les villes
pour que l'homme naisse de la bête
la bête de la montagne
pour que surgisse de la mort le soleil

hommes je vous le prédis
les fleurs seront permises
les arbres paumes innombrables ouvertes
à la caresse
les oiseaux nicheront dans les yeux des filles
les chansons

et tout sera changé
comme on l'avait espéré
dans la solitude de nos amours

(Extrait de Le Réel absolu, poèmes 1948-1965, Montréal, L'Hexagone)