Éloge de la lauréate du prix Ozias-Leduc 2013

Marie-Claude Bouthillier

par Louise Déry


Présidente du jury
C’est avec un immense plaisir que je me fais le porte-parole du jury du Prix Ozias-Leduc afin de vous présenter le résultat de nos délibérations pour l’attribution du prix 2013. Notre rencontre a été l’occasion de considérer toute l’importance que revêt le Prix Ozias-Leduc pour les artistes véritablement et durablement engagés dans une pratique soutenue des arts visuels. Nous souhaitons exprimer aux administrateurs de la Fondation Nelligan et à son président Monsieur Michel Dallaire, toute l’appréciation que nous avons de cette initiative lancée par Gilles Corbeil en 1979.

Nous avons décidé, cette année, de reconnaître le travail d’une artiste qui a récemment déclaré ceci : « J’aime l’idée qu’en peinture, sous la représentation du vêtement, on ne peint pas le corps. Dans un tableau, derrière le rideau ou le voile, il n’y a rien, sauf, bien sûr, la toile elle-même. Dans ma peinture, la toile est tout. »

Depuis la fin des années 90, ses œuvres témoignent d’une exploration originale des tensions qui existent entre la peinture et le canevas. Déjouant les règles habituelles d’une discipline souvent envisagée dans sa dichotomie forme-fond, ou support-surface, notre lauréate s’active justement à en relancer le dialogue et à en produire le débordement au sein de l’espace ou de l’architecture.

Certains titres de ses projets et de ses expositions en exemplifient d’ailleurs la trajectoire de recherche : Faire écran ; Résister, se dissoudre ; Psyché écrans ; Apparitions ; L’état des choses ; Demande à la peinture, pour en citer quelques-uns. Les qualités tactiles, optiques et hypnotiques des tableaux et environnements peints, de même que les notions de surface, d’apparence, d’enveloppe et de peau attestent d’un rapport égalitaire entre le pigment et son support. La trame, la toile, l’étoffe, l’écran assurent la déclinaison de la grille, la rayure, le pli, le drapé.

Plusieurs autres préoccupations se profilent en parallèle à la chose peinte pour ancrer le travail dans le registre du littéraire ou pour introduire la question de la signature. À son propos, des auteurs ont évoqué la résonnance textile, la graphologie du corps peint, la métamorphose, le rituel pictural, le corps en pièces, énonçant du même coup ce qui relève d’une posture ouverte devant le « que peintre », le « comment peindre », le « vouloir peindre ».

La lauréate 2013 du Prix Ozias Leduc est détentrice d’un baccalauréat en arts visuels de l’Université Concordia et d’une maîtrise en arts visuels de l’Université du Québec à Montréal. En 2011, elle a reçu le prix Louis-Comtois, décerné par la Ville de Montréal à un artiste de mi-carrière. Elle a exposé largement au Québec, dans plusieurs centres d’artistes dont Clark, dont elle est membre active, mais également chez Optica, la Centrale, etc. Ses œuvres ont été analysées par plusieurs commissaires (Réal Lussier, Josée Bélisle, Esther Trépanier, Thérèse St-Gelais, et notamment sélectionnées pour des projets collectifs dans les grandes institutions québécoises que sont le Musée d’art contemporain de Montréal et le Musée national des beaux-arts du Québec qui possèdent toutes deux des œuvres de l’artiste dans leurs collections. On se souviendra particulièrement de L’abstraction. Une manière de voir (2001) et de Femmes artistes du xxe siècle au Québec (2010) au Musée national des beaux-arts du Québec, de même que Métamorphoses et clonage (2001), et De l’écriture (2007) au Musée d’art contemporain de Montréal. En 2012, au terme d’une résidence de recherche dans les collections, elle présentait Familles, au Musée McCord de Montréal et figurait, l’année suivante, dans Le projet peinture / Un instantané de la peinture au Canada, à la Galerie de l’UQAM. Elle vit et travaille à Montréal et elle est représentée par la galerie Hugues Charbonneau.

Je vous invite à accueillir chaleureusement la lauréate 2013 du Prix Ozias-Leduc, madame Marie-Claude Bouthillier.