Prix Émile-Nelligan 2016
Commentaires du jury

lus par Michaël Trahan, président

Jonathan Lamy, lauréat

Avec La vie sauve (Le Noroît), Jonathan Lamy signe un recueil engagé, qui est tout à la fois un appel à l’amour et à la guerre. Le cœur du livre tient dans cette adresse paradoxale à ceux et celles que l’auteur appelle les « guerriers et [les] guerrières de la tendresse ». Le poème, ici, est un exercice d’attention — attention à soi, aux autres, à la vie — qui cherche à opposer à l’emprise du désespoir une désarmante sincérité. Le jury tient à souligner la maturité de ce livre, sa rigueur exemplaire, de même que la transparence de son engagement.

Ariane Audet, finaliste

Le recueil Déjà la horde de chair se tait (L’Hexagone) d’Ariane Audet est traversé par une tension très efficace entre la violence de la thématique et la sobriété d’une écriture où chaque mot est minutieusement choisi. Ici, pas d’éclats ni d’images choc. Au contraire, des poèmes portés par un sens de l’image et du rythme particulièrement délicat, où la pudeur l’emporte toujours sur le désir de surprendre. Un livre dense et subtil, dans lequel la voix se déploie avec un évident souci d’équilibre.

Charles Dionne, finaliste

La main invisible (Le Quartanier) de Charles Dionne est un recueil d’une admirable cohérence. Le projet est clair, qui met en scène un sujet poétique aux prises avec une certaine « fatigue ordinaire » — les aléas de la vie de bureau, les soucis domestiques ou virtuels, les petites joies et les grandes illusions. À travers une série de tableaux portés par un remarquable sens de la chute, ce livre pose un regard d’une grande singularité sur l’expérience du monde qui caractérise notre époque.

Laurence Veilleux, finaliste

Dans Amélia (Poètes de brousse), Laurence Veilleux donne à lire une poésie narrative en vers, dans laquelle se dévoile, fragment par fragment, l’histoire d’une femme, qui revient sur son passé en évoquant la figure du père, chasseur ou coureur des bois. Cet imaginaire de la forêt est ici riche et vivant; il sert avec souplesse une écriture sensitive où la force des images se conjugue avec la justesse de l’émotion pour révéler à chaque page des lignes de fiction souvent magnifiques. Plus encore, le travail du rythme et l’inventivité des chutes assurent au texte un bel équilibre entre dévoilement et retenue.