Extrait tiré de Poèmes choisis, 1965-1990
UN JOUR QUELCONQUE

vieillirons-nous ensemble au pas de la porte
têtes couvertes de branches blanches et de corbeaux
oubliés
nos plaies confondues sous un soleil pâle mains
effilées
momies d'un amour qui nous ressemble
ton bras à mon bras mon épaule contre la tienne
merveille alors de s'éveiller comme on ressuscite
le matin n'a pas une ride sur la peau des draps

viens sortons au grand jour la rue n'a point d'âge
pas encore
tu ne dis rien près de tes lèvres le souffle se fait rare
j'écoute pour la millième fois le commencement du
monde
le temps se déplie s'explique en espace le lait tinte
aux yeux du laitier
est-ce l'hiver est-ce l'été nous ne savons plus
entre nous l'instant tombe
des moineaux fusent de rire les journaux crient à tue-
tête nos veines si bleues se répondent
tremblerons-nous ensemble au bout du trottoir
transis de nous voir enfin ombres illuminées

(Extrait tiré de Poèmes choisis, 1965-1990, Éditions du Noroît, 1996)